dimanche 21 décembre 2008

Le gardien des seaux

C'est étonnant de constater à quel point on peut se retrouver prit au piège dans une situation désagréable sans la sentir venir. On se dit que ça fera plaisir aux autres, qu'il faut faire un effort, et que on se rattrapera le lendemain, en évitant de sortir, histoire de rester frais. Alors ni une ni deux, on enfile son plus beau costume, un peu de parfum, la coupe à Brad Pitt, et on saute dans la voiture avec la clique, sans savoir ou on va, ni comment, ni pourquoi. On se dit que ce sera sans doute une soirée sympathique, qu'on appréciera ambiance et musique, qu'on dépensera tous ses sous mais que c'est pour le bien commun. Seulement voilà, ce soir :

Je suis le gardien des seaux.

Arrivée tonitruante en boite, après avoir passé vingt minutes à se garer dans les trois kilomètres limitrophes. Un peu de marche à pied, histoire de se chauffer, ça permettra toujours d'éviter le claquage sur le premier morceau. On se rassure comme on peut, me direz vous. Un grand sourire au videur, qui comme d'habitude, nous dévisage comme si on venait d'insulter ses proches. C'est la règle : pour passer une bonne soirée, il faut être le plus agréable possible avec les gens qui le sont le moins. Sinon, c'est retour direct à l'appartement, soirée monopoly pastis. J'essaye d'avoir l'air cool, mais c'est dingue comme je me sens coincé par rapport à mes amis. On dirait qu'ils ont prit des cours d'entrée en boite, ou qu'ils ont fait ça toute leur vie. D'un coté, je m'en fou un peu :

Je suis le gardien des seaux.

Prendre trente degrés de différence en moins de quinze secondes, c'est un peu comme faire Paris-Dakar à la vitesse du son. Ca fait drôle. Heureusement, afin de s'aclimater, il faut encore payer l'entrée, en donnant le fruit de son labeur à de nouvelles personnes elles-aussi désagréables, puis payer le vestiaire, à des personnes encore plus désagréables. Une nouvelle vingtaine de minutes plus tard, on peut enfin constater que la boite est bombée et qu'on finira debout. De toute façon, qui a dit un jour qu'on pouvait s'assoir en boite ? C'est le principe, seuls les autres s'assoient en boite. Il faut alors jouer des coudes afin de virer des gens de leurs chaises, au mieux, du côté du comptoir. Mais bon, aucune différence pour moi :

Je suis le gardien des seaux.

On commande rapidement trois bouteilles de champagne. Ou plutôt, on commande rapidement vingt-cinq jours de salaire. Ca aussi c'est le principe de la boite. On commence par boire pour s'amuser, et au bout d'un moment, on se met à boire pour aller moins bien. Tout le monde le fait, et personne ne sait pourquoi. La serveuse, aussi peu charmante que la dernière fois, nous méprise, aussi bien que la dernière fois. Je prends une chaise et décide de m'y installer. Un mec me dévisage, pensant sans doute que j'avais reluqué sa femme, située à l'autre bout de la salle, séparée de nous par quelques deux cents drogués. Je sers des verres à mes amis, mais bien entendu, ne m'en sers pas. Et d'une parce que je prends le volant au retour, et de deux parce que :

Je suis le gardien des seaux.

Un cul sec de champagne plus tard, mes amis partent danser sans même me proposer de garder les places. Dure vie celle d'un loser. Je les regarde s'éloigner, repérant la place la plus stratégique pour aller parader. La danse nuptiale commence. J'observe la salle dans son ensemble. Le DJ retient mon attention, comme chaque fois. J'aime bien regarder à quoi ressemble le DJ. On en sait souvent plus sur une soirée en regardant l'air du DJ qu'en lisant le flyers. Les visages défilent et se ressemblent, à mes côtés. Tous me dévisagent. Nouvelle règle de la boite de nuit, dévisage ton prochain, ou tu passeras pour un con. Je n'ai jamais saisi la raison, mais bon, pourquoi contredire les règles générales d'utilisation puisque, dans le fond :

Je suis le gardien des seaux.

Voilà plusieurs heures que je suis assis, creuvé, à regarder les gens danser. La température a encore grimpé, tout comme le taux d'alcoolémie moyen. J'essaye d'estimer combien rapportent les boissons à la discothèque. Vous seriez étonnament surpris de constater que plus le temps passe, moins les gens boivent, et plus les gens payent. Les deux tiers ne termineront pas leur dernier verre avant d'aller vomir. Dormir, pardon. Mes amis font de brefs passages à la table pour se servir des verres. Ils m'adressent à peine un regard, trop obcédés par les soit-disant signes adressés par la fille avec laquelle ils viennent tout juste de danser. Ce soir, ils penseront conclure, et comme chaque soir, ils rentreront seul. Enfin pas tout à fait, ils rentreront avec moi :

Je suis le gardien des seaux.

Voilà le début de la partie désagréable de la soirée. Mes amis s'affalent de plus en plus sur le comptoir, au lieu de repartir immédiatement. Globalement, ils marquent un sourire de quinze secondes, puis rôtent, laissant échapper des relands à l'odeur fort désagréable. Enfin, ça dépend qui. Certains viennent plutôt hurler plus fort que la musique dans mes oreilles, avant de me renverser leur champagne sur le jean. Dans tous les cas, ils repartent en titubant, et en tapant sur l'épaule de tous les copains à usage unique qu'ils ont croisé dans la soirée. Allez, courage, dans trois heures la soirée est terminée. Même si on part du principe que l'on aurait du partir il y a déjà trente minutes si j'avais écouté mes amis bourrés. D'un côté, je reste lucide :

Je suis le gardien des seaux.

Mais c'est vrai que dans le fond, j'avais vraiment pas envie d'y aller, à cette soirée. Journée difficile, semaine difficile, année difficile. J'aurais largement préféré un bon petit repas accompagné d'un dvd. J'avais tellement peu dormi les trois derniers jours que mes cernes m'équartillaient suffisemment les yeux pour cacher qu'ils étaient aussi petits que des grains de poivre. La prochaine fois que je serai dans cet état, c'est décidé, je les laisserai faire ce qu'ils veulent, mais ce sera sans moi. D'ailleurs, je ne comprends toujours pas comment j'ai pu accepter de venir ne serait-ce que ce soir. M'amuser en soirée, ce n'est pas un problème du tout, tant que je choisi bien mes soirées. Mais ce soir, c'est différent. Ce soir, je reste scié à ma chaise. Ce soir :

Je suis le gardien des seaux.

Mes amis ont enfin décidé de partir. Il aura fallu attendre que la musique s'arrête, que les lumières soient rallumées, que le gérant me gueule dessus, que j'aille les chercher un par un, dans les toilettes, sur le bar, contre une barre et allongé sur un podium, et que la salle soit vide, pour qu'ils se décident. Bourrés, ils m'en veulent mortellement de les sortir de leur monde psychédélique, ne remarquant même pas l'absence de musique. Les derniers clients sortent du complex, laissant apparaître les rayons du soleil dans le baillement de la porte. Les videurs font le tour des différentes salles, afin de sécuriser No Man's Land. Mieux vaut faire son boulot lorsqu'il est inutile, c'est moins fatiguant, et on est payé pareil. D'un côté, ce soir, le mien n'est ni utile, ni payé :

Je suis le gardien des seaux.

D'ailleurs, ces seaux, il faut maintenant les rendre. Un de mes amis fini la dernière bouteille de champagne au goulot. Il n'hésitera sans doute pas à l'évacuer dans ma voiture. Nous prenons nos vêtements et affrontons la lumière du jour, rejoingnons la voiture, et rentrons tranquillement à la maison. Personne ne parle, mais tout le monde le pense. On a beau croire que c'était une chouette soirée, on rentre encore plus seuls qu'on est arrivé. Sans fille, l'argent en moins. D'un côté, je ne me sens pas vraiment concerné. Je n'étais pas venu dans l'optique de faire des rencontres, ni dans l'optique de fuir la réalité. Je suis venu uniquement pour satisfaire mes proches. Je fais souvent ça d'ailleurs. Car comme vous vous en doutez :

Je suis le gardien des seaux.

mardi 9 décembre 2008

J'aime

J'aime quand elle a froid et qu'elle se recroqueville,
J'aime quand elle sommeille, et que ses yeux brillent,

J'aime quand elle s'étire, pendant son sommeil,
J'aime quand elle admire, et qu'elle s'émerveille,

J'aime quand on la gêne, que ses joues rougissent,
J'aime quand elle trébuche, pourvu qu'elle ne glisse,

J'aime tous ses bagages, durant les voyages,
J'aime la regarder, même durant l'orage,

J'aime quand elle tombe, le nez dans la neige,
J'aime quand elle m'oublie, dans son imperm' beige,

J'aime quand elle pense, si bien qu'elle s'évade,
J'aime la regarder, ses yeux couleur jade,

J'aime même quand elle boude, pour une ou deux raisons,
J'aime ses monologues, même si à foison,

J'aime sa musique, qu'elle écoute en boucle,
J'aime son désespoir, perdue dans la foule,

J'aime la guider, quand elle est perdue,
J'aime la voir marcher, avec ses pieds nus,

J'aime sa joie de vivre,
J'aime qu'elle m'enivre,

J'aime son air narquois,
J'aime franchir le pas,

J'aime ses doigts,
J'aime sa voix,

J'aime penser qu'elle ne sait pas qui je suis,
J'aime ce poème qui tombera dans l'oubli.

samedi 6 septembre 2008

Le voyage de Flow

Flow n'était pas quelqu'un d'ordinaire. Il n'avait jamais refusé le don que le dieu en lequel il croyait malgré tout lui avait donné. Depuis qu'il était tout petit, il savait voler. Il avait d'abord imaginé des manières de se simplifier la vie, se rendant chez ses amis ou dans son école en un temps record. Il n'arrivait jamais en retard, ne loupait jamais le moindre évènement. Il usait avec aisance de son incroyable atout, et remerciait chaque jour le ciel de lui avoir offert. Au fil des années, Flow avait grandi, toute comme sa soif de découvertes. C'est ainsi qu'il entreprit, le jour de ses dix-huit ans, de voyager à travers le monde afin d'en savoir plus sur l'humanité, ainsi que sur la protectrice de tous ses frères et soeurs, la Planète-Mère. C'était le début d'un long périple qui dura une année entière.
Flow décida tout d'abord de visiter l'Europe. Il se rendi en France, en Espagne, en Allemagne, en Scandinavie. Il fit le tour de leurs patrimoines respectifs, la beauté des monuments de Paris, les chateaux de la Loire, les anciennes cités romaines, bretones, provencales, puis Barcelone, Grenade, Cuenca, Salamanque, ensuite, Berlin, la vallée du Neckar, la Bavière, la forêt noire, et enfin, les châteaux suèdois, les fjords de Norvège, et Helsinki. Mais Flow fut surpris de découvrir une toute autre vision que celle qu'il attendait. En France, la mentalité reposait sur le chacun pour soi, des hommes mourraient de faim et de froid chaque hiver, pendant que d'autres ne se souciaient que de leur petite personne; en Espagne, près de cent femmes mourraient chaque année de violence conjugale, au nom de l'Amour; en Allemagne, le fascisme refaisait son apparition, et on commençait tout juste à parler de "menace", en Scandinavie, des jeunes filles perdaient la vie en voulant ressembler à leurs idoles, anorexie oblige. Flow préféra fuir devant tant d'épouvante.
Flow entreprit alors de se rendre au Moyen-Orient. Il se rendi en Arabie Saoudite, au Pakistan, au Koweit et au Yemen. Ses yeux pétillèrent à la vue de La Mecque, des villes saintes, le toit du monde, les vallées Kalash et de la Hunza, Baltoro, Taxila, les deserts de sable et de cailloux, les Koweit Towers, Sanaa, la ville des mille et une nuits, le sentier de parfums de Tarim, les haut plateaux yéménites, et Hadramaout. Mais là encore, Flow regretta rapidement son séjour. En Arabie Saoudite, il n'avait pas été le bienvenu, n'avait plus les droits que possède un homme libre, et avait assisté avec effroi à la lapidation d'une femme, suspectée d'avoir violé les règles imposées par son homme, au Pakistan, il avait vu un président abuser de ses droits et des miliers de réfugiés fuir la misère et la faim, au Koweit, il avait vu des femmes qui n'avaient pas même le droit de montrer leurs yeux, et au Yemen, des hommes mourrir de soif alors que des citées touristiques fleurissaient. Flow, dégouté, s'envola vers d'autres cieux.
Lorsqu'il posa pied à terre, Flow était en Amérique. Il avait déjà entendu parler de certains pays, et particulièrement de la culture du football qui y règnait. Il n'hésita pas à visiter le Brésil, la Colombie, le Chili et le Mexique. Flow fut comblé par Rio de Janeiro, Salvador de Bahia, la forêt tropicale, Goias, le stade Maracana, San Agustin, Malpelo, Carthgène, Santa Marta, les îles de San Andrés, Santiago, Valparaiso, les églises de Chiloé, Mexico, la Riviera Maya, Itza, les temples Maya, Calakmul, les paysages d'agaves. Mais s'il avait pu apprécier ces lieux et cités, c'était en faisant abstraction de certaines choses. Car il avait également vu des adolescants mourir d'overdose dans les rues de Rio, des hommes mourir au travail dans d'immenses exploitations, la forêt fondre à vue d'oeil, des hommes, femmes et enfants se faire enlever, et le gouvernement fermer les yeux, aussi bien sur ces disparitions que sur la famine, des troupes rebelles tuer aveuglement au nom du Pouvoir, des gens mourir de faim et de maladies au beau milieu de la Cordillère des Andes, ou encore, policiers et militaires corrompus, fermant les yeux concernant de lucratifs trafics de drogues et d'armes. Flow ferma les yeux, respira, et migra.
Flow se rendi alors en Afrique. Tous ces pays semblaient si attractifs ! Mais il fallait choisir, et Flow le fit. Il visiterait le Soudan, le Tchad, l'Ethiopie et la Namibie. Il longea la vallée du Nil, la Nubie, la Mer Rouge, Sanganeb, l'Umbria, Moundou, la palmeraie de Faya, les ruines de Yen, les grottes de Kazer, les pics du Tibesti, le canyon d'Archel, le Danube, Gondar, la ville aux quarante-quatre églises, le temple de la Lune, Lalibela, les paysages dunaires, le massif de Brandberg, l'Orange, le désert du Namib. Flow se régala de toutes ses images et senteurs, qu'il garderait marquées à vie dans son esprit. Mais lorsqu'il ouvrit les yeux, il fut une nouvelle fois déçu. Ils étaient trois cents millions, devant ses yeux, à ne pas avoir accès à l'eau potable, puisque le terme "investissement" n'était même pas imaginable, vingt-trois millions à le supplier de trouver rapidement un vaccin contre le sida, plusieurs millions à mourir au nom de Dieu, au nom de l'Eau, ou tout simplement au nom de l'Intérêt, les femmes pleuraient suite à leur excision, les enfants suite à leurs viols, maltraitances, à cause de leur malnutrition, ou tout simplement à cause de la corruption et l'esclavage qui touchaient leur famille. Flow versa une larme, et s'envola.
Le jour de ses dix-neuf ans, Flow rentra chez lui, choqué. Il avait naïvement imaginé que l'Homme était bon, et que tout allait bien sur la planète Terre. Il n'aurait jamais imaginé que le peuple souffrait autant, qu'il subissait la vie, tel une victime. Certe, il avait bien vu les images diffusées à la télévision, chaque soir, au Journal, mais n'y avait pas spécialement apporté d'importance, en dévorant son dessert. Toutes ces images souillaient insupportablement son esprit, il n'en pouvait plus. Il s'agenouilla, regarda le soleil, puis s'envola de nouveau. Il fila à vive allure vers les cieux, sans savoir exactement ce qui l'attendait. Il traversa la couche d'ozone, evitant plusieurs dizaines de sattelites, fonctionnants ou non, ainsi que des miliers de débrits et déchets.
Il ne s'arreta jamais, et personne ne sait si Flow s'est un jour brûlé les ailes, en voulant fuir la terre des vices, celle qu'un jour, les hommes appelaient sans honte "terre de nos ancêtres".

Bien à vous,

lundi 1 septembre 2008

Il était déjà trop tard

Il n'avait jamais voulu ça. Petit, il avait eu les mêmes désirs que ses copains : devenir astronome, et s'il n'y arrivait pas, il se rabattrait sur l'idée d'être pompier. Il avait toujours eu une confiance aveugle en ses parents, qui lui prédisaient de grandes choses. Il recevait tellement d'amour qu'il ne s'imaginait pas qu'un jour sa vie ne serait pas faite de sucre d'orge, de dessins animés dans le petit cinéma de son village, ou de copains avec qui il pourrait échanger ses jouets.
Il n'avait pas vu passer le temps, l'école, l'adolescence, la majorité, les études, son premier boulot. Pour lui, tout s'était passé si vite qu'il n'avait pas même eu le temps d'en profiter pleinement. Il avait simplement mené son petit bonhomme de chemin, sous la houlette de ses parents, présents à chaque instant afin de le recadrer de chaque petit écart.Il n'avait jamais excellé dans ses études, mais n'avait pas non plus peiné à obtenir son bac, puis à entrer dans une école supérieure. Il s'était toujours forcé à supposer que tout irait bien dans sa vie.
Dès son plus jeune âge, il s'était senti différent des autres. Incompris, même. Il avait cultivé son petite univers au creux de son esprit, sa différence, et n'hésitait pas à y replonger de temps à autres afin de se nourrir de ses rêves. Il avait toujours ressenti le besoin d'écrire ce à quoi il pensait, par crainte que cela ne lui encombre l'esprit. Il n'avait jamais ressenti de profonde tristesse, seulement une certaine lassitude du monde qui l'entourait. Il ne s'était jamais senti à sa place, n'avait jamais accepté le système, mais n'avait pas non plus le courage de s'en défaire. Être une victime acceptée vaut mieux qu'être un rebelle rejeté, se disait-il.
Ses cinq années d'études étaient passées bien vite. Il ne s'était jamais intégré à sa promotion : trop d'arrogance, d'irrespect, de gaspillage, de pensées vicieuses. Ils ne se rendaient pas compte de la chance qu'ils avaient d'être ce qu'ils étaient, et cela l'énervait. Ses amis se comptaient sur les doigts de sa main, maigres rescapés du formatage cérébrale qu'ils encouraient tous dans son école. C'est avec un certain soulagement qu'il recevait son diplôme, et qu'il entrait, à peine adulte, dans la boite de sa vie, avec l'espoir de grimper les échelons et de décrocher les sommets.
Aujourd'hui, il avait tout. Il était n°3 dans une grande entreprise française, touchait tellement d'argent qu'il n'avait pas assez de temps pour le dépenser, voyageait dans la plupart des pays développés du monde, et en tant que célibataire, charmait de nouvelles filles des quatre coins du monde chaque week-end, toujours avec la même insensibilité. Il ne dormait pas plus de quatre heures par nuit, travail oblige. De toute façon, il n'avait plus le goût à ça. Il n'avait pas d'amis, plus de relations de famille, ne savourait même plus les musiques de sa chaine hifi, ni même le whisky de son sellier en cerisier.
Ce soir, il avait décidé d'en finir avec la vie. Il s'était procuré une arme lors de son dernier séjour au Brésil, et l'avait conservée de nombreuses semaines avant de songer réellement à son utilité. Voila deux heures qu'il regardait les voitures passer depuis sa fenêtre. Toutes ces personnes ont leur propre vie, leur propre univers, et s'aveuglent de la réalité dès qu'ils le peuvent. Car ne croyez pas que les loisirs sont issus d'un profond désir de distraction et de plaisir, ils ne se sont rendu vitaux que pour une seule raison : sans bonheur, l'homme ne peut se reposer que sur le plaisir.
Mais le plaisir ne fait pas tout, et il l'avait bien compris. Il avait traversé le salon, puis sa chambre, avant de sortir son pistolet, enrobé dans du tissus, de son dressing. Il s'était lentement assis sur sa chaise unique, au milieu de la cuisine, l'arme à la main. Le costume qu'il portait coûtait 1200€, ce n'est pas pour autant qu'il était trop court, rendant la scène tout aussi risible que dramatique. Cela s'avérait regrettable de le tâcher, mais qu'importe, personne ne le remarquerait avant plusieurs jours. Il porta l'arme à même sa tempe. Le contact du métal glacé le fit frémir.
Il n'avait jamais voulu en arriver là. Il n'avait jamais imaginé qu'il deviendrait cet homme, obligé de mentir, trahir et haïr afin d'arriver à ses fins. Il voulait simplement être astronome. Il avait tout perdu, famille, amis, amour, afin de plonger dans ce qu'il détestait le plus. Il avait gâché la première moitié de sa vie et ne voyait aucune solution afin d'améliorer la deuxième. Il ne se sentait plus en corrélation avec lui même. Il se détestait, détestait son travail et son nouvel univers, l'Homme, et l'injustice.
Il ferma les yeux, et se passa la main sur son front suant. Il n'avait pas ressenti ce sentiment de soulagement depuis des années. Les derniers effets de la cocaïne qu'il avait consommée dans l'après-midi étaient encore visibles. Son pied battait en rythme contre le carrelage blanc cassé de la cuisine. Il espérait que la nouvelle vie qui l'attendait dans l'haut-delà ne serait pas tout aussi ignoble que celle qu'il vivait actuellement. Malgré tout, même s'il avait ruiné sa vie, il partait avec l'esprit sain.
Son doigt forçait de plus en plus sur la gâchette, seconde après seconde. Il n'avait jamais tiré, et ne savait pas non plus à quel niveau de pression la balle partirait. Il fallait maintenant se lancer. Sa pupille se dilata, et après une grande inspiration, il appuya d'un coup sur la gâchette. Il aurait aimé essayer de rattraper sa vie, tout reprendre à zéro, ne plus refaire les mêmes erreurs, vivre heureux, accompagné de ses proches. Avoir une femme, des enfants, des raisons de vivre, tout simplement. Il aurait pu y croire si un détail dont il avait conscience ne lui en avait pas empêché :

Il était déjà trop tard.








Et oui, j'étais parti pour raconter l'histoire d'une jolie blonde que je connais peu mais qui compte déjà beaucoup pour moi et j'ai fini par écrire l'histoire d'un jeune homme qui se suicide. C'est pas le comble ça ? Dans tous les cas, j'espère que vous apprécierez.

Bien à vous,

Time is over

Nous sommes aujourd'hui le 1er Septembre, ce qui signifie que les vacances sont finies ... enfin, je dis vacances pour certains, jobs d'étés pour d'autres, je ne souhaiterais froisser personne. N'hésitez pas à me raconter votre été via les commentaires, cela me fera plaisir !

Personnellement, j'ai commencé à travailler comme pizzaiolo du coté de Carpentras, vers Avignon, dans le Sud de la France. Je me suis rapidement fait une fracture ce qui m'a empêché de continuer ... j'ai donc pleinement profité de l'été, au soleil, au bord de la piscine, dans une ambiance Sea Sex Alcohol and Rock'n Roll fort plaisante.

J'ai ensuite traversé deux ou trois fois la France en voiture pour rendre service à un ami, avant de rentrer tranquillement chez moi, le temps de prendre mes affaires et de repartir vivre ailleurs. Qu'est ce que la vie lorsque la routine s'installe ?

J'ai le plaisir (partagé ou non !) de vous annoncer qu'après ce laps de temps sans connexion à internet à portée de main, je compte réécrire des nouvelles régulièrement, au rythme de deux par semaine en moyenne. Cela dépendra surtout de mon temps libre.

Je vous remercie de votre confiance, et je vous le rappelle, n'hésitez surtout pas à entrer en contact avec moi via les commentaires !

Bon moi de Septembre.

Bien à vous,

lundi 23 juin 2008

My heart is in Ireland

La porte se ferma doucement, mettant un terme aux notes endiablées qui envahissent l'appartement. Nous ne brillons pas de mille feux, mais ici, pas besoin. N'imaginez pas que l'on puisse être jugés, le respect l'emporte sur le mépris. N'imaginez pas non plus que l'on puisse le regretter, nous ne seront que mieux intégrés à l'atmosphère. Une petite brise effleure nos visages, avec une petite note salée rappelant la côte, si proche. Le temps est doux, et il ne pleuvra pas ce soir. Les nuages passent inaperçue car la nuit tombe sur Dublin.
La Guiness avait coulé à flot, en cette fin d'après-midi, pourtant, personne n'eut le regret d'en excéder. C'est un peu comme si toute personne mettant un pied sur l'île développait une tolérance anormale à la bière du terroir irlandais, célèbre, entre parenthèse, dans le monde entier. Le chemin pour rejoindre Temple Bar, la vieille ville, était long. Mais rien n'aurait pu nous empêcher d'emprunter ce trajet, pourtant répété matins et soirs, afin de nous rendre au cœur du plus fabuleux rassemblement d'êtres humains que la terre puisse connaître.
A droite comme à gauche, de petites maisons typées semblaient recueillir en elles des secrets inexploités. Les fenêtres laissaient apparaître des décorations dignes de vieux films traitant de l'Irlande profonde. Pourtant, rien n'aspirait à fasciner. Les Dubliners se contentent uniquement de vivre leur petit bout de chemin grâce à un mélange de nostalgie et de progrès. Nos pas semblent se coordonner, et nos ombres s'étendent sur toute la longueur de la rue, désormais déserte.
Petit à petit, les maisons deviennent des immeubles, et les petites rues, des voies plus imposantes. Pourtant, rien n'agresse nos yeux, ou nos oreilles. Les conducteurs s'appliquent à respecter les limitations de vitesse, les immeubles sont d'une beauté à couper le souffle grâce à leur style typique, les piétons se font discrets, mais sereins, ce qui donne une atmosphère on ne peut pas sécurisante.
Nous empruntons une vois piétonne, nous y sommes presque. Au fil de nos pas, une musique celtique à l'origine à peine perceptible glisse au creux de nos oreilles. Nous ne parlons plus de piétons isolés, il s'agit maintenant d'une foule d'hommes et de femmes, marchant tous dans la même direction. Leur programme de ce soir est le même depuis qu'ils sont nés. Pourtant, même tout l'or du monde ne les empêchera pas d'en frémir encore et encore.
Dublin est une ville dans laquelle 800 pubs, la plupart typiques, tous plus attractifs les uns que les autres, se partagent la superficie de la ville de Lyon. La musique est maintenant très bruyante. A travers les petits carreaux, séparés par des arceaux rouges, verts, ou noirs, on peut apercevoir des salles bombées d'individus de tout âge, brandissant leur pinte, le sourire au lèvre. Comme chaque soir, ils chanteront, danseront, et boiront, à la gloire de leur Eire natale.
Nous entrons dans un pub au hasard. Nous sommes ici depuis des mois, mais ne pourront jamais tous les tester. Les places assises se font rares, mais il n'est pas rare qu'un groupe d'autochtones vous convient à leur table. C'est ça l'Irlande : vous sortez à deux, buvez à dix, rentrez à vingt. Et vous ne le regrettez jamais. Comme chaque soir, nous commandons une pinte chacun (équivalant à plus d'un demi litre). Nous commençons à discuter, comme chaque soir, avec des personnes de tout âge, ravies de croiser des étrangers.
La musique est tout bonnement fabuleuse. Les celtes cultivent cette culture musicale depuis des siècles pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Tour à tour, puis entremêlés, la flûte, le whistle, l'uilleann pipe (un genre de cornemuse) ou encore le fiddle (un genre de violon) créent un ensemble musicalement magique, qui emballe les corps et enflamme les coeurs. Nous dansons et chantons en choeurs, et portont gloire aux contrées et légendes de l'île.
Il est difficilement immaginable, lorsque l'on ne connait pas, de supposer que des êtres qui ne se connaissent pas puissent s'unir dans un bien commun, en totale confiance. Mais détrompez vous, un regard échangé, et il s'agira de votre ami pour la nuit toute entière. Nous laissons nos effets personnels sur les banquettes. Personne n'aura l'envie de les emporter, et encore moins dans la maison du Leprechaun. Levons un verre à cette magie.
Ce n'est qu'au petit matin que nous sortons du pub, tout exités. Il nous faut alors rentrer, car dans quelques heures, il faudra remettre ça. La légère brise de la veille a laissé place à un air léger et étonnament doux. Les premiers rayons de soleil traversent les nuages et trahissent les préjugés. Encore une fois, la journée sera belle. A quelques kilomètres de là, comme dans tout le pays, la rosée fait luir les calmes vallons verdoyants.
Nous nous rendons alors dans un Bed&Breakfast, afin d'y déguster le petit déjeuner typique : oeufs au plat, saucisses, beans, bacon, champignons, boudin noir, brown bread, assemblés sous le doux nom de Full Irish Breakfast. L'accueil y est chaleureux, comme toujours, et quel que soit l'endroit. Ce n'est qu'après ce festin que nous retrouvons notre appartement, le ventre plein, les muscles raides et des mélodies plein la tête.
Il faut maintenant se reposer, car demain, ce sera pareil. Mon collocataire s'est endormi comme une tombe. Allongé dans mon lit, les yeux fixant le plafond, je repasse en revue la soirée merveilleuse que je viens de passer. Rien n'est plus beau que de vivre un tel moment, avec une telle chaleur humaine. Je ferme les yeux. Rien à redire, chaque jour est une nouvelle preuve : My heart is in Ireland.

mercredi 18 juin 2008

Ce que je n'ai pas

Doit-on réellement reprocher aux femmes d'être méfiantes vis-à-vis des hommes ? Je ne crois pas. Comment s'allouer pleinement à des tentatives de relations lorsqu'elles sont si souvent trahies, méprisées, voire délaissées ? Combien sont les hommes qui ne mentent pas, qui pense avec leur cœur, ou qui ont une conscience ? Je n'aurai pas la prétention de dire que je suis un mec désirable :

Je n'ai pas de smoking
Je n'ai pas de belles chemises Hugo Boss
Je n'ai pas un sourire de tombeur
Je n'ai pas des dents blanches comme neige
Je n'ai pas la coupe de cheveux de Brad Pitt
Je n'ai pas non plus la carrure de Brad Pitt
Je n'ai pas de grosse voiture rouge
Je n'ai pas un sens de l'humour exceptionnel
Je n'ai pas la répartie du petit Nicolas
Je n'ai pas un talent de beau parleur
Je n'ai pas le gêne du romantique
Je n'ai pas de boucle d'oreille (pas contre toi, Lionel)
Je n'ai pas appris à danser la tecktonik
Je n'ai pas de sous
Je n'ai pas de copine (notez)
Je n'ai pas d'envies
Je n'ai pas de cohérence décisionnelle
Je n'ai pas de carte d'adhérent à l'UMP
Je n'ai pas de carte d'adhérent au PS
Je n'ai pas de télé LCD
Je n'ai pas de lit double
Je n'ai pas de quatrième langue utilisable
Je n'ai pas de beaux mollets
Je n'ai pas de gros bras
Je n'ai pas un torse épilé et sulfureux
Je n'ai pas des dizaines d'amis
Je n'ai pas plus de deux ou trois amis valables
Je n'ai pas un beau visage
Je n'ai pas la surface capillaire de George Clooney
Je n'ai pas de maison
Je n'ai pas d'abonnement à un magazine de mode
Je n'ai pas l'esprit nationaliste
Je n'ai pas le dernier album de Micka
Je n'ai pas de qualités étonnantes
Je n'ai pas une belle voix
Je n'ai pas une grande dextérité
Je n'ai pas une grande espérance de vie
Je n'ai pas de pot de fleur sur mon bureau
Je n'ai pas de diplôme à part le bac
Je n'ai pas de défauts disimulables
Je n'ai pas de bonheur
Je n'ai pas trop de malheurs
Je n'ai pas spécialement peur

Mais au moins j'ai des valeurs.

Et selon moi, mieux vaut avoir des valeurs dans la vie que beaucoup de qualités superficielles. Je pense à tous ces mecs qui me méprisaient, me méprisent et me mépriseront, draguaient mon ex devant mes yeux, trompent leurs copines, sont persuadés qu'ils sont sublimes et qui ne se remettent jamais en question.

Parmi ceux-là, que celui qui a déjà pensé au sens de la vie me jette la première pierre.
Signé, un mec jaloux de tous ceux qui n'ont aucune raison de l'être. Ou plutôt, l'inverse.

Bien à vous,

dimanche 15 juin 2008

Life is a Funk Music

La vie n'est autre qu'une funk music. La naissance de tout être semble suivre le courant d'une introduction calme et monotone, basée sur deux accords de basse. Jour, nuit, jour, nuit, les jours se suivent et se ressemble pour le bambin, nonchalant, qui pense encore qu'herbe et eau fraiche suffisent à vivre heureux. Les années passent, telles des secondes plates et frêles.

Viennent alors les premiers accords, le gosse comprend qu'il doit apprendre à marcher, lire, se débrouiller tout seul et qu'il ne sera pas chouchouté toute sa vie. La vie parait plus compliquée, mais semble encore bien loin du brouhaha cacophonique auquel il aura droit dans les années à venir. Les ponctuations rythmiques s'enchaînent, telles des vagues, liées au rythme de la vie.

C'est alors qu'une voix s'élève. La vie prend une nouvelle dimension, apparition d'éléments perturbateurs, puberté, première copine, ce nouvel élément surprend plus par son intensité, pas spécialement désagréable, que par son intervention. On y découvre avec joie que la vie ne se limite pas à satisfaire son prochain, mais aussi à se créer une identité, sa propre identité, basée sur son propre style.

Nouvelle dimension, le rythme accélère, une seconde voix s'élève, celle de l'être aimé. Elle s'arrête brièvement, puis reprend, puis disparait de nouveau, pour plus longtemps. Ainsi est faite la vie, de bonheurs puis de malheurs en amour. Avant un certain penchant pour le malheur, globalement ? Enfin, cette seconde voix semble s'accorde à la première, et ne dérange plus. Le petit jeunot vient de trouver sa future femme. Du moins, c'est ce qu'on lui souhaite.

Alors c'est l'extase. Le rythme semble parfait, pas la moindre fausse note, l'atmosphère est électrisée, dum-da-doo-dum-bah, une certaine jouissance se dégage de chaque seconde d'écoute, tout semble fluide, parfaitement lié. Bébé, maison, tout semble parfait. Petit à petit, les cuivres s'ajoutent à la fête, et strient avec parcimonie, comme si de grands changements venaient à surgir. Attention les oreilles, ça va funker.

Et puis c'est alors qu'intervient le solo. La deuxième voix cesse, elle ne reviendra plus. Les instruments, ou plutôt les éléments extérieurs à la vie de couple, les amis, les petits plaisirs, les petits et grands projets personnels, prennent une plus grande importance dans la vie. Mais la motivation n'y est plus, on se lasse alors vite de la vie puisqu'ennuyeuse.

C'est alors que la mélodie reprend de sa superbe. Cette œuvre collective, encore plus terrible que la précédente, ne semble pas pouvoir s'amenuiser. Nouveau départ, nouvelle vie, grand déménagement, les affaires reprennent et le rythme s'en ressent. On reprend espoir, puis on prend du plaisir. Les notes déchaînent, et les réussites s'enchaînent.

Malheureusement, le rythme baisse de régime. On croit déceler la fin du morceau. Arrêt total, crainte, hospitalisation. Et comme par enchantement, ça repart. Le groove semble extensible et modulable. Nouvel arrêt. Et les cuivres repartent de plus belle, avec un dernier enchaînement, tels de derniers jours heureux et paisibles. Et là, alors que l'on ne s'y attend même plus, c'est la fin.

Tout ça pour dire que la vie ressemble à une funk music. Elle démarre calmement, puis accélère, est vécue de manière solitaire par moment, puis en duo par d'autres, évolue, dévolue, mais reste globalement basée sur un flow fort agréable : nous l'appellerons la foi. Elle se termine aussi misérablement qu'une funk music : un seul instrument, seul au monde, continue de croire que s'il s'égosille, il s'en sortira. Seulement voilà, la playlist est longue, et il faut alors laisser la place aux jeunes.

Mais il y a une chose qu'il faut retenir de tout ça : Funk vient de Funky, qui littéralement signifie "puant". A bon entendeur.


Bien à vous,

dimanche 8 juin 2008

Le tête à tête silencieux

Le plus frustrant lorsque l'on termine une soirée est qu'il faut alors rentrer chez soi, d'autant plus qu'en ce Dimanche soir, la pluie est au beau fixe. Les illusions concernant un moi de Juin ensoleillé se sont évaporées, mais cela n'a rien d'étonnant. N'allons pas non plus demander au dérèglement climatique de faire un break, ce phénomène est trop égoïste pour penser aux conséquences de ses actes. C'est donc sans surprise que le parapluie fut de mise à la sortie du pub.
Le trajet commença plutôt mal. Les essuies-glace, mal entraînés, avaient toutes les peines du monde à suivre le rendement attendu, et les gouttes s'étalaient à leur aise sur le par-brise, les unes après les autres. Les kilomètres pour rejoindre le logement étaient nombreux, et plus le temps passait, plus le trajet semblait s'allonger. L'obscurité de la nuit rendait le périple encore plus périlleux, et la motivation venait à manquer.
Les traits blancs réfléchissaient à la lumière des réverbères et s'enfuyaient aussi vite qu'ils apparaissaient. Seule la ligne continue semblait être fidèle, aussi sobre et élégante qu'à ses premiers jours. Un élément inhabituel apparu pourtant, sorti de nulle part, le bras tendu et le pouce provoquant les goutes. De manière plutôt inattendue, le véhicule freina, puis s'immobilisa quelques mètres en aval. La masse sombre couru dans sa direction.
- Je souhaite aller à Craponne s'il vous plait.
- C'est sur ma route, montez.
Telle une agression, l'air frais et venteux ainsi qu'une horde de particules d'eau prirent la précaution de profiter de l'occasion pour participer au trajet. La voiture redémarra, et le rythme initial reprit des couleurs. La pluie ne cessait pas, et pire, redoublait de volume. Tlaloc, Dieu de la pluie, voudrais-tu arrêter tes chamailleries cinq minutes s'il te plaît ? Tes actions ne plaisent pas à tout le monde. Merci. La capuche noire, car c'est son nom, marmonna :
- Quel temps ignoble, je veux du soleil, par pitié.
- J'ai arrêté de me faire des illusions le jour ou j'ai découvert que l'espoir n'a pas lieu d'être.
- En tout cas vous me sortez d'une grosse galère, croyez-moi.
- Je n'en doute pas.
C'est alors que la capuche noire cessa sa prétention et laissa découvrir un visage féminin, on ne peut plus exquis. Il semblait taillé dans le coton, aux formes parfaites, accompagné d'yeux volant la vedette au reste. La recherche du moindre défaut, durant cet instant, fut infructueuse, on pourrait d'ailleurs suspecter notre jeune demoiselle d'en connaître la signification. Le trajet allait, en son fond, naturellement et radicalement changer.
Car d'une aide d'un inconnu envers un autre, cette étape est en un instant devenue le tête à tête silencieux entre la belle et la bête. Ne sachant que dire, l'un par intimidation, l'autre par humidité, les deux êtres dévisageaient la route avec une nonchalance accablante. Les minutes filaient à la vitesse de l'éclair pour l'un, humidement pour l'autre. Les kilomètres filaient, et notre conducteur maudissait en cachette la capuche, inconsciente de sa chance.
Car à sa place, il se serait étendu de tout son large par crainte que la moindre goutte n'effleure le trésor recelé en son antre, aurait appelé ses amies capuches pour venir l'aider si besoin en était, et aurait trouvé une solution pour rentrer à la maison sans la moindre encombre. Son principal problème étant qu'il n'était pas sa capuche. Nous nous approchions de leur séparation, et seule la musique venait heurter le silence angoissant qui régnait.
Toute bonne chose a une fin, malheureusement. Le véhicule s'immobilisa de nouveau, au coin d'une rue. Sans doute au berceau de la joliesse ? La masse sombre détacha sa ceinture, ouvrit sa porte, permettant ainsi une nouvelle agression de gouttes et de particules d'air doublement fautives : et froides, et en mouvance. La jeune fille sorti du véhicule. Même la manière de s'en extraire semblait parfaite. Peut-être s'était-elle entraînée précédemment ?
- Vous me sortez d'une grosse galère, merci !
- Une nouvelle fois ou globalement ?
Un sourire timide sembla se dessiner sur son visage, et immédiatement la porte se referma. Les deux êtres s'éloignèrent, chacun dans une direction opposée. Ce tête à tête silencieux avait été bref mais intense, prompt mais extrême, laconique mais profond. Et c'est ainsi qu'un aussi petit évènement illumina temporairement la nuit d'un être malheureux.

mercredi 4 juin 2008

Les escaliers

1ère marche. Les portes du métro se referment quelques secondes après son passage. A défaut d’avoir été bonne, sa journée n’a pas été ennuyeuse. Las de tout, il prend la direction du parking, noyé dans ses idées.

10ème marche. Sa voiture est mal garée. Qu’importe, elle n’a qu’un petit aller-retour à faire, cela devrait suffire. Elle s’en veut d’avoir oublié le document chez ces clients, qui d’ailleurs, ne devraient pas tarder à les trahir.

2ème marche. Ses chaussures de costard coûtent plus chers que l’ensemble des vêtements du jeune homme qu’il vient de croiser. Son métier ne lui plait pas, mais au moins, il est très prolifique. Ses chaussettes noires dépassent à peine.

9ème marche. Elle n’aurait sans doute pas du prendre cette paire. Ses talons blanc sont du plus bel effet lors des soirées, mais ne sont pas pratiques, surtout dans le métro. Mais elle n’avait pas le choix : passer par chez elle lui aurait fait perdre trop de temps.

3ème marche. Très élégant, il est vêtu d’un costard noir tirant un peu sur le gris. Sa chemise et sa cravate s’uniformisent afin de créer un ensemble de très bon goût. Ses cheveux sont très courts, peut-être un peu trop à son goût.

8ème marche. Sa robe rappelle le printemps ; les différentes couleurs présentes, du rouge, du vert et du jaune, s’emmêlent de manière très distinguée. Son pari a été gagnant, il n’a pas plut de la journée, et le soleil n’a pas été aussi timide que les derniers jours.

4ème marche. Il repense à sa journée, avec dégoût. Ses yeux bleus croisent le regard des passants mais son cerveau est trop occupé à se remémorer les mauvais moments. C’est alors qu’elle le sort radicalement de ses idées.

7ème marche. Pourvu que je n’aie pas trop à attendre le métro, se dit-elle. Elle déteste entrer dans le métro quand tout le monde sort. Cela donne selon elle l’impression d’aller à contre-courant, d’être non-intégré dans la société. C’est alors qu’elle le voit.

5ème marche. Son regard se fige, il s’arrête. Il n’avait jamais vu une fille aussi belle, si lumineuse, contrastant avec la grisaille underground. Il aimerait profiter un maximum de cette seconde durant laquelle ses yeux affrontent les siens.

6ème marche. En l’espace d’un instant, tous ses problèmes ont fui. Elle se tient debout, face à lui. Elle sent que sa vie va prendre un nouveau tournant. Elle voudrait s’abandonner à lui. Son cœur bat à cent à l’heure, et mieux, il semble réceptif.

Et maintenant, que faire si nous sommes heureux ?

dimanche 1 juin 2008

Notre maladie à tous

Je souhaiterais vous parler d’une épidémie qui touche de plus en plus de français aujourd’hui, je veux bien entendu parler de cette maladie naïvement nommée « Amour ».

L’amour est une maladie apparue il y a plusieurs dizaines de millions d’années, au grand damne de dizaines de milliards d’êtres vivant sur terre et ce de génération en génération. Elle ne touche pas uniquement les êtres humains mais également une partie des animaux, ce qui fait d’elle la maladie la plus courante du monde, devant le rhume et la foi. Malheureusement, le pire dans tout ça n’est pas qu’elle est courante, mais qu’elle est dangereuse, voire mortelle dans certains cas.

Il a déjà été prouvé que certains animaux décident de « mourir d’amour », c'est-à-dire de se suicider lorsqu’ils découvrent qu’ils sont touchés par cette maladie, en se jetant d’un précipice ou en arrêtant tout simplement de se nourrir. Le problème chez l’être humain est que dans une société comme la notre, le suicide est tout simplement interdit, et même s’il ne l’était pas, l’homme a trop peur de la mort pour soulager son malheur lié à cette horrible maladie.

Ce fléau a, à travers les âges, prit une dimension de plus en plus importante. Il y a encore quelques siècles, les mariages arrangés permettaient de se préserver plus ou moins de cette maladie grâce à des efforts importants. Il était possible de s’enfermer du matin au soir dans une pièce, tel un hypocondriaque, afin de ne croiser le regard d’aucune espèce féminine porteuse du virus. Aujourd’hui, l’homme a le choix entre mourir seul et con ou en couple et gravement malade. Est-ce une vie ?

L’être humain peut être victime de ce désastre dès son plus jeune âge, envers les membres de sa famille. Il ne se rend compte de sa peine que vers l’âge de 6 ans, lorsqu’il découvre que ce n’est pas uniquement sa famille qu’il doit fuir, mais la communauté toute entière s’il souhaite être heureux. Cela tombe à point nommé avec la citation « pour vivre heureux, vivons cachés ». Je la modifierai néanmoins quelque peu : « Pour vivre heureux, vivons seuls ».

Le plus affreux dans tout ça, c’est que cette maladie vous colle à la peau dès votre plus jeune âge, et ce jusqu’à votre mort. Et ce sont dans ces derniers moments qu’elle est la plus lourde à supporter. Ce parasite vous obligera à mourir angoissé et non soulagé : vous aurez l’obligation de penser non pas au paradis mais à vos enfants, votre compagne, vos proches, aux gens qui vous aiment et aux gens que vous aimez : votre mourrez, mais n’avez aucun mérite : ils souffrent.

Aujourd’hui, personne n’est à l’abri de ce cataclysme : jeunes, vieux, maigres, gros, femmes, et pire, HOMMES, nous ne sommes que de la chair fraiche pour cette maladie aux dents longues. N’essayez pas non plus de l’éviter, elle vous frappera dans le dos dès votre premier instant de faiblesse.

Inutile de parler de cancer, de sida, d’hépatites. Ces maladies désastreuses ne touchent pas à ce que je sache entre 4 et 5 milliards d’êtres humains dans ce monde. Et lorsque je vois les symptômes horribles de cette infamie, je prie de tout cœur pour que si une divinité existe, elle prenne le temps de nous libérer de notre plus grand pêcher : l'acceptation de notre auto-destruction.


J'ai écrit ce message comme la plupart des autres, c'est à dire sur un coup de tête. Néanmoins, sachez qu'il faut le prendre avec beaucoup de sérieux. L'amour est une maladie qui attaque le système nerveux. Lorsque vous êtes sa victime, vous êtes persuadé d'être heureux, vous en êtes dépendant. Or aimer rend naïf, et ce n'est que fort naïvement que vous errez à travers le temps et l'espace en étant persuadé d'avoir fait un choix cohérent, vous rendez-vous compte ? Vous n'êtes en faites que la victime d'une épidémie horrible, et ne vous en rendez compte que la prochaine fois que vous soupirerez de plaisir : lorsque vous n'aimerez plus. Aimer est dangereux pour la santé, ne prenez pas même le risque de le consommer avec modération, croyez moi.

Bien à vous,

mercredi 28 mai 2008

Bonsoir Pardon

"Bonsoir pardon, sauriez-vous où je peux trouver la gare du Nord s'il vous plaît, ah bon vous m'accompagnez, étrange, vous n'avez pas froid avec cette conséquente absence de vêtements, joli sourire, j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas je suppose, tiens, c'est drôle, les automobilistes nous regardent, vous êtes sûr que c'est par là la gare du Nord, bon d'accord si vous insistez, mais vous savez je dois pouvoir suivre des explications, ne vous donnez pas tout ce mal, vous insistez, très bien, soit, attention vous allez vous faire écraser, ah bon, vous vous y connaissez en trottoirs, je ne comprend pas, que faites vous ici au juste, attention à la flaque, elle est encore loin cette gare du Nord ou pas, je suis quand même garé en double file, attention, vous perdez vos rubans, vous me faites un petit peu mal à la main mademoiselle, et aussi un tout petit peu peur, j'aimerais partir, mais pourquoi riez-vous, tiens, c'est drôle toutes ces camionnettes blanches, vous ne trouvez pas, vous marchez un peu trop vite pour moi, vous connaissez ces femmes, elles ont l'air de sourire elles aussi, c'est peut-être un piège, faisons demi tour, ah bon d'accord si vous insistez, pourquoi vous arrêtez-vous, il est étrange ce sac, c'est du cuir animal ou synthétique, oula, quel beau trousseau, tiens ce véhicule est à vous, parfait, nous seront plus vite à la garde du Nord, vous savez, là où vous devez m'amener, je monte par derrière, ah bon, oula, mais c'est confortable ici, mais dites moi, comment allez-vous conduire depuis derrière, oups, attention, je reconnais que vous êtes pleine de petites attentions à mon égard mais cela me dérange quelque peu, comment ça tais toi grand blond, mais je vous en prie, prenez votre volant à deux mains et attrapez votre courage, non l'inverse, je ne sais plus où j'en suis du coup, aie vous me faites mal, attention ou je porte plainte, mais, mais, qu'est ce que, ah bon, si vous insistez, d'accord, bon, c'est pas tout mais le temps presse, oula, d'accord, j'attends de voir si aller à la gare si en avance est un acte raisonné, quelle étrange sensation, où avez-vous appris à faire ça, ah bon, d'accord, descendre, remonter à l'avant, tiens, je n'avais jamais vu ces bougies, c'est mignon, ah bon, alors je vous demande gentiment mon chemin et c'est payant en plus, cette fois ci, je suppose que vous vous souvenez de l'emplacement de la gare du Nord, ah bon, c'est juste là, n'auriez-vous pas un peu trop profité de mes indécisions, ah d'accord, et bien je souhaiterais vous remercier pour m'avoir indiqué le trajet, même si je n'ai pas trop saisi ce qui vient de se passer, je, euh, d'accord : bonsoir pardon."

En fait, j'ai juste voulu m'amuser un peu en écrivant la tirade continue d'un homme qui demande son chemin à une prostituée. C'est étrange, mais j'avais cette idée dans la tête depuis plusieurs jours figurez-vous, allez comprendre pourquoi ! Je pense que c'est le fait d'être allé plusieurs fois voir des amis vers Gerland, à Lyon, et d'y avoir croisé un grand nombre de prostituées ... Je trouve marrant de prendre la situation d'un point de vue unique, en s'imaginant une scène indescriptible et malsaine grâce à l'élocution de la victime, sans ponctuation à part des virgules, et avec pour expression de début et de fin les mêmes mots, qui sont également le titre de la tirade "Bonsoir pardon" ... bref, une idée comme une autre, sans doute pas la meilleure, mais bon : J'espère tout de même que vous n'avez pas le sentiment d'avoir perdu votre temps en lisant cela.

Bien à vous,

Mais concrètement, ça va donner quoi ?

Bon, après les tumultes de mon premier message, la proclamation de ma différence, tout ça, reprenons notre calme. Je souhaiterai établir quelques principes concernant ce blog. Il me permettra (et je l'en remercie) d'écrire ce à quoi je pense dans ma vie de tous les jours. Comme vous pourrez le constater, les différents articles seront très variés. J'espère écrire quelques nouvelles en tout genre, lorsqu'un sujet intéressant me vient à l'esprit, quelques critiques de faits de société lorsque m'en vient l'envie, ainsi que quelques pensées par ci par là. Je prendrai soin de préciser le type de message préalablement, bien entendu.

N'ayez pas peur de commenter mes dires. Car comme le dit si bien notre chère Carla Bruni, "Il y a une chose pire que de ne pas être critiqué, c'est de ne pas s'exposer aux critiques". Cela nous permet à la fois d'avancer concernant certains sujets, et de compléter le blog, ce qui, en soi, sont les deux seules choses que je souhaite en ce Mercredi après-midi : changer LE monde et changer MON monde.

Bien à vous,

Bienvenue sur mon blog

Je me demande sincèrement le pourcentage de blog dont le titre du premier message est "Bienvenue sur mon blog". Soit, supposons que j'aie conscience de ce terrible affront envers mon mode de pensée concernant ce blog : cultiver ma différence. Vous me direz, il y a 100 millions de blogs dans le monde, et si, pour une personne qui cherche à se différencier, ce n'est pas provoquer, alors qu'est-ce ? Le comble serait que je vous explique quotidiennement ma vie de crétin. Mais ne vous en faites pas, je n'irai pas jusqu'à là, c'est "has been", voyons !

Depuis longtemps, je nourrie l'idée qu'écrire est une chose merveilleuse. Je n'en n'ai que rarement pris l'initiative, et cela est d'ailleurs regrettable. Alors, hier soir, j'ai pris la décision de partager mes pensées concernant de nombreux sujets hétéroclites avec qui bon le souhaitera. bien entendu, dans un premier temps, ce blog ne me servira qu'à assouvir quelques frustrations, mais je suis sûr qu'un jour, ma différence sera ma force. Et si cette fin de premier message n'est pas "bateau", alors j'en mange mon "chapeau". Il va également falloir vous habituer à un humour nunuche, et à une forte dose d'auto dérision.

Bien à vous.