samedi 6 septembre 2008

Le voyage de Flow

Flow n'était pas quelqu'un d'ordinaire. Il n'avait jamais refusé le don que le dieu en lequel il croyait malgré tout lui avait donné. Depuis qu'il était tout petit, il savait voler. Il avait d'abord imaginé des manières de se simplifier la vie, se rendant chez ses amis ou dans son école en un temps record. Il n'arrivait jamais en retard, ne loupait jamais le moindre évènement. Il usait avec aisance de son incroyable atout, et remerciait chaque jour le ciel de lui avoir offert. Au fil des années, Flow avait grandi, toute comme sa soif de découvertes. C'est ainsi qu'il entreprit, le jour de ses dix-huit ans, de voyager à travers le monde afin d'en savoir plus sur l'humanité, ainsi que sur la protectrice de tous ses frères et soeurs, la Planète-Mère. C'était le début d'un long périple qui dura une année entière.
Flow décida tout d'abord de visiter l'Europe. Il se rendi en France, en Espagne, en Allemagne, en Scandinavie. Il fit le tour de leurs patrimoines respectifs, la beauté des monuments de Paris, les chateaux de la Loire, les anciennes cités romaines, bretones, provencales, puis Barcelone, Grenade, Cuenca, Salamanque, ensuite, Berlin, la vallée du Neckar, la Bavière, la forêt noire, et enfin, les châteaux suèdois, les fjords de Norvège, et Helsinki. Mais Flow fut surpris de découvrir une toute autre vision que celle qu'il attendait. En France, la mentalité reposait sur le chacun pour soi, des hommes mourraient de faim et de froid chaque hiver, pendant que d'autres ne se souciaient que de leur petite personne; en Espagne, près de cent femmes mourraient chaque année de violence conjugale, au nom de l'Amour; en Allemagne, le fascisme refaisait son apparition, et on commençait tout juste à parler de "menace", en Scandinavie, des jeunes filles perdaient la vie en voulant ressembler à leurs idoles, anorexie oblige. Flow préféra fuir devant tant d'épouvante.
Flow entreprit alors de se rendre au Moyen-Orient. Il se rendi en Arabie Saoudite, au Pakistan, au Koweit et au Yemen. Ses yeux pétillèrent à la vue de La Mecque, des villes saintes, le toit du monde, les vallées Kalash et de la Hunza, Baltoro, Taxila, les deserts de sable et de cailloux, les Koweit Towers, Sanaa, la ville des mille et une nuits, le sentier de parfums de Tarim, les haut plateaux yéménites, et Hadramaout. Mais là encore, Flow regretta rapidement son séjour. En Arabie Saoudite, il n'avait pas été le bienvenu, n'avait plus les droits que possède un homme libre, et avait assisté avec effroi à la lapidation d'une femme, suspectée d'avoir violé les règles imposées par son homme, au Pakistan, il avait vu un président abuser de ses droits et des miliers de réfugiés fuir la misère et la faim, au Koweit, il avait vu des femmes qui n'avaient pas même le droit de montrer leurs yeux, et au Yemen, des hommes mourrir de soif alors que des citées touristiques fleurissaient. Flow, dégouté, s'envola vers d'autres cieux.
Lorsqu'il posa pied à terre, Flow était en Amérique. Il avait déjà entendu parler de certains pays, et particulièrement de la culture du football qui y règnait. Il n'hésita pas à visiter le Brésil, la Colombie, le Chili et le Mexique. Flow fut comblé par Rio de Janeiro, Salvador de Bahia, la forêt tropicale, Goias, le stade Maracana, San Agustin, Malpelo, Carthgène, Santa Marta, les îles de San Andrés, Santiago, Valparaiso, les églises de Chiloé, Mexico, la Riviera Maya, Itza, les temples Maya, Calakmul, les paysages d'agaves. Mais s'il avait pu apprécier ces lieux et cités, c'était en faisant abstraction de certaines choses. Car il avait également vu des adolescants mourir d'overdose dans les rues de Rio, des hommes mourir au travail dans d'immenses exploitations, la forêt fondre à vue d'oeil, des hommes, femmes et enfants se faire enlever, et le gouvernement fermer les yeux, aussi bien sur ces disparitions que sur la famine, des troupes rebelles tuer aveuglement au nom du Pouvoir, des gens mourir de faim et de maladies au beau milieu de la Cordillère des Andes, ou encore, policiers et militaires corrompus, fermant les yeux concernant de lucratifs trafics de drogues et d'armes. Flow ferma les yeux, respira, et migra.
Flow se rendi alors en Afrique. Tous ces pays semblaient si attractifs ! Mais il fallait choisir, et Flow le fit. Il visiterait le Soudan, le Tchad, l'Ethiopie et la Namibie. Il longea la vallée du Nil, la Nubie, la Mer Rouge, Sanganeb, l'Umbria, Moundou, la palmeraie de Faya, les ruines de Yen, les grottes de Kazer, les pics du Tibesti, le canyon d'Archel, le Danube, Gondar, la ville aux quarante-quatre églises, le temple de la Lune, Lalibela, les paysages dunaires, le massif de Brandberg, l'Orange, le désert du Namib. Flow se régala de toutes ses images et senteurs, qu'il garderait marquées à vie dans son esprit. Mais lorsqu'il ouvrit les yeux, il fut une nouvelle fois déçu. Ils étaient trois cents millions, devant ses yeux, à ne pas avoir accès à l'eau potable, puisque le terme "investissement" n'était même pas imaginable, vingt-trois millions à le supplier de trouver rapidement un vaccin contre le sida, plusieurs millions à mourir au nom de Dieu, au nom de l'Eau, ou tout simplement au nom de l'Intérêt, les femmes pleuraient suite à leur excision, les enfants suite à leurs viols, maltraitances, à cause de leur malnutrition, ou tout simplement à cause de la corruption et l'esclavage qui touchaient leur famille. Flow versa une larme, et s'envola.
Le jour de ses dix-neuf ans, Flow rentra chez lui, choqué. Il avait naïvement imaginé que l'Homme était bon, et que tout allait bien sur la planète Terre. Il n'aurait jamais imaginé que le peuple souffrait autant, qu'il subissait la vie, tel une victime. Certe, il avait bien vu les images diffusées à la télévision, chaque soir, au Journal, mais n'y avait pas spécialement apporté d'importance, en dévorant son dessert. Toutes ces images souillaient insupportablement son esprit, il n'en pouvait plus. Il s'agenouilla, regarda le soleil, puis s'envola de nouveau. Il fila à vive allure vers les cieux, sans savoir exactement ce qui l'attendait. Il traversa la couche d'ozone, evitant plusieurs dizaines de sattelites, fonctionnants ou non, ainsi que des miliers de débrits et déchets.
Il ne s'arreta jamais, et personne ne sait si Flow s'est un jour brûlé les ailes, en voulant fuir la terre des vices, celle qu'un jour, les hommes appelaient sans honte "terre de nos ancêtres".

Bien à vous,

lundi 1 septembre 2008

Il était déjà trop tard

Il n'avait jamais voulu ça. Petit, il avait eu les mêmes désirs que ses copains : devenir astronome, et s'il n'y arrivait pas, il se rabattrait sur l'idée d'être pompier. Il avait toujours eu une confiance aveugle en ses parents, qui lui prédisaient de grandes choses. Il recevait tellement d'amour qu'il ne s'imaginait pas qu'un jour sa vie ne serait pas faite de sucre d'orge, de dessins animés dans le petit cinéma de son village, ou de copains avec qui il pourrait échanger ses jouets.
Il n'avait pas vu passer le temps, l'école, l'adolescence, la majorité, les études, son premier boulot. Pour lui, tout s'était passé si vite qu'il n'avait pas même eu le temps d'en profiter pleinement. Il avait simplement mené son petit bonhomme de chemin, sous la houlette de ses parents, présents à chaque instant afin de le recadrer de chaque petit écart.Il n'avait jamais excellé dans ses études, mais n'avait pas non plus peiné à obtenir son bac, puis à entrer dans une école supérieure. Il s'était toujours forcé à supposer que tout irait bien dans sa vie.
Dès son plus jeune âge, il s'était senti différent des autres. Incompris, même. Il avait cultivé son petite univers au creux de son esprit, sa différence, et n'hésitait pas à y replonger de temps à autres afin de se nourrir de ses rêves. Il avait toujours ressenti le besoin d'écrire ce à quoi il pensait, par crainte que cela ne lui encombre l'esprit. Il n'avait jamais ressenti de profonde tristesse, seulement une certaine lassitude du monde qui l'entourait. Il ne s'était jamais senti à sa place, n'avait jamais accepté le système, mais n'avait pas non plus le courage de s'en défaire. Être une victime acceptée vaut mieux qu'être un rebelle rejeté, se disait-il.
Ses cinq années d'études étaient passées bien vite. Il ne s'était jamais intégré à sa promotion : trop d'arrogance, d'irrespect, de gaspillage, de pensées vicieuses. Ils ne se rendaient pas compte de la chance qu'ils avaient d'être ce qu'ils étaient, et cela l'énervait. Ses amis se comptaient sur les doigts de sa main, maigres rescapés du formatage cérébrale qu'ils encouraient tous dans son école. C'est avec un certain soulagement qu'il recevait son diplôme, et qu'il entrait, à peine adulte, dans la boite de sa vie, avec l'espoir de grimper les échelons et de décrocher les sommets.
Aujourd'hui, il avait tout. Il était n°3 dans une grande entreprise française, touchait tellement d'argent qu'il n'avait pas assez de temps pour le dépenser, voyageait dans la plupart des pays développés du monde, et en tant que célibataire, charmait de nouvelles filles des quatre coins du monde chaque week-end, toujours avec la même insensibilité. Il ne dormait pas plus de quatre heures par nuit, travail oblige. De toute façon, il n'avait plus le goût à ça. Il n'avait pas d'amis, plus de relations de famille, ne savourait même plus les musiques de sa chaine hifi, ni même le whisky de son sellier en cerisier.
Ce soir, il avait décidé d'en finir avec la vie. Il s'était procuré une arme lors de son dernier séjour au Brésil, et l'avait conservée de nombreuses semaines avant de songer réellement à son utilité. Voila deux heures qu'il regardait les voitures passer depuis sa fenêtre. Toutes ces personnes ont leur propre vie, leur propre univers, et s'aveuglent de la réalité dès qu'ils le peuvent. Car ne croyez pas que les loisirs sont issus d'un profond désir de distraction et de plaisir, ils ne se sont rendu vitaux que pour une seule raison : sans bonheur, l'homme ne peut se reposer que sur le plaisir.
Mais le plaisir ne fait pas tout, et il l'avait bien compris. Il avait traversé le salon, puis sa chambre, avant de sortir son pistolet, enrobé dans du tissus, de son dressing. Il s'était lentement assis sur sa chaise unique, au milieu de la cuisine, l'arme à la main. Le costume qu'il portait coûtait 1200€, ce n'est pas pour autant qu'il était trop court, rendant la scène tout aussi risible que dramatique. Cela s'avérait regrettable de le tâcher, mais qu'importe, personne ne le remarquerait avant plusieurs jours. Il porta l'arme à même sa tempe. Le contact du métal glacé le fit frémir.
Il n'avait jamais voulu en arriver là. Il n'avait jamais imaginé qu'il deviendrait cet homme, obligé de mentir, trahir et haïr afin d'arriver à ses fins. Il voulait simplement être astronome. Il avait tout perdu, famille, amis, amour, afin de plonger dans ce qu'il détestait le plus. Il avait gâché la première moitié de sa vie et ne voyait aucune solution afin d'améliorer la deuxième. Il ne se sentait plus en corrélation avec lui même. Il se détestait, détestait son travail et son nouvel univers, l'Homme, et l'injustice.
Il ferma les yeux, et se passa la main sur son front suant. Il n'avait pas ressenti ce sentiment de soulagement depuis des années. Les derniers effets de la cocaïne qu'il avait consommée dans l'après-midi étaient encore visibles. Son pied battait en rythme contre le carrelage blanc cassé de la cuisine. Il espérait que la nouvelle vie qui l'attendait dans l'haut-delà ne serait pas tout aussi ignoble que celle qu'il vivait actuellement. Malgré tout, même s'il avait ruiné sa vie, il partait avec l'esprit sain.
Son doigt forçait de plus en plus sur la gâchette, seconde après seconde. Il n'avait jamais tiré, et ne savait pas non plus à quel niveau de pression la balle partirait. Il fallait maintenant se lancer. Sa pupille se dilata, et après une grande inspiration, il appuya d'un coup sur la gâchette. Il aurait aimé essayer de rattraper sa vie, tout reprendre à zéro, ne plus refaire les mêmes erreurs, vivre heureux, accompagné de ses proches. Avoir une femme, des enfants, des raisons de vivre, tout simplement. Il aurait pu y croire si un détail dont il avait conscience ne lui en avait pas empêché :

Il était déjà trop tard.








Et oui, j'étais parti pour raconter l'histoire d'une jolie blonde que je connais peu mais qui compte déjà beaucoup pour moi et j'ai fini par écrire l'histoire d'un jeune homme qui se suicide. C'est pas le comble ça ? Dans tous les cas, j'espère que vous apprécierez.

Bien à vous,

Time is over

Nous sommes aujourd'hui le 1er Septembre, ce qui signifie que les vacances sont finies ... enfin, je dis vacances pour certains, jobs d'étés pour d'autres, je ne souhaiterais froisser personne. N'hésitez pas à me raconter votre été via les commentaires, cela me fera plaisir !

Personnellement, j'ai commencé à travailler comme pizzaiolo du coté de Carpentras, vers Avignon, dans le Sud de la France. Je me suis rapidement fait une fracture ce qui m'a empêché de continuer ... j'ai donc pleinement profité de l'été, au soleil, au bord de la piscine, dans une ambiance Sea Sex Alcohol and Rock'n Roll fort plaisante.

J'ai ensuite traversé deux ou trois fois la France en voiture pour rendre service à un ami, avant de rentrer tranquillement chez moi, le temps de prendre mes affaires et de repartir vivre ailleurs. Qu'est ce que la vie lorsque la routine s'installe ?

J'ai le plaisir (partagé ou non !) de vous annoncer qu'après ce laps de temps sans connexion à internet à portée de main, je compte réécrire des nouvelles régulièrement, au rythme de deux par semaine en moyenne. Cela dépendra surtout de mon temps libre.

Je vous remercie de votre confiance, et je vous le rappelle, n'hésitez surtout pas à entrer en contact avec moi via les commentaires !

Bon moi de Septembre.

Bien à vous,