Il n'avait jamais voulu ça. Petit, il avait eu les mêmes désirs que ses copains : devenir astronome, et s'il n'y arrivait pas, il se rabattrait sur l'idée d'être pompier. Il avait toujours eu une confiance aveugle en ses parents, qui lui prédisaient de grandes choses. Il recevait tellement d'amour qu'il ne s'imaginait pas qu'un jour sa vie ne serait pas faite de sucre d'orge, de dessins animés dans le petit cinéma de son village, ou de copains avec qui il pourrait échanger ses jouets.
Il n'avait pas vu passer le temps, l'école, l'adolescence, la majorité, les études, son premier boulot. Pour lui, tout s'était passé si vite qu'il n'avait pas même eu le temps d'en profiter pleinement. Il avait simplement mené son petit bonhomme de chemin, sous la houlette de ses parents, présents à chaque instant afin de le recadrer de chaque petit écart.Il n'avait jamais excellé dans ses études, mais n'avait pas non plus peiné à obtenir son bac, puis à entrer dans une école supérieure. Il s'était toujours forcé à supposer que tout irait bien dans sa vie.
Dès son plus jeune âge, il s'était senti différent des autres. Incompris, même. Il avait cultivé son petite univers au creux de son esprit, sa différence, et n'hésitait pas à y replonger de temps à autres afin de se nourrir de ses rêves. Il avait toujours ressenti le besoin d'écrire ce à quoi il pensait, par crainte que cela ne lui encombre l'esprit. Il n'avait jamais ressenti de profonde tristesse, seulement une certaine lassitude du monde qui l'entourait. Il ne s'était jamais senti à sa place, n'avait jamais accepté le système, mais n'avait pas non plus le courage de s'en défaire. Être une victime acceptée vaut mieux qu'être un rebelle rejeté, se disait-il.
Ses cinq années d'études étaient passées bien vite. Il ne s'était jamais intégré à sa promotion : trop d'arrogance, d'irrespect, de gaspillage, de pensées vicieuses. Ils ne se rendaient pas compte de la chance qu'ils avaient d'être ce qu'ils étaient, et cela l'énervait. Ses amis se comptaient sur les doigts de sa main, maigres rescapés du formatage cérébrale qu'ils encouraient tous dans son école. C'est avec un certain soulagement qu'il recevait son diplôme, et qu'il entrait, à peine adulte, dans la boite de sa vie, avec l'espoir de grimper les échelons et de décrocher les sommets.
Aujourd'hui, il avait tout. Il était n°3 dans une grande entreprise française, touchait tellement d'argent qu'il n'avait pas assez de temps pour le dépenser, voyageait dans la plupart des pays développés du monde, et en tant que célibataire, charmait de nouvelles filles des quatre coins du monde chaque week-end, toujours avec la même insensibilité. Il ne dormait pas plus de quatre heures par nuit, travail oblige. De toute façon, il n'avait plus le goût à ça. Il n'avait pas d'amis, plus de relations de famille, ne savourait même plus les musiques de sa chaine hifi, ni même le whisky de son sellier en cerisier.
Ce soir, il avait décidé d'en finir avec la vie. Il s'était procuré une arme lors de son dernier séjour au Brésil, et l'avait conservée de nombreuses semaines avant de songer réellement à son utilité. Voila deux heures qu'il regardait les voitures passer depuis sa fenêtre. Toutes ces personnes ont leur propre vie, leur propre univers, et s'aveuglent de la réalité dès qu'ils le peuvent. Car ne croyez pas que les loisirs sont issus d'un profond désir de distraction et de plaisir, ils ne se sont rendu vitaux que pour une seule raison : sans bonheur, l'homme ne peut se reposer que sur le plaisir.
Mais le plaisir ne fait pas tout, et il l'avait bien compris. Il avait traversé le salon, puis sa chambre, avant de sortir son pistolet, enrobé dans du tissus, de son dressing. Il s'était lentement assis sur sa chaise unique, au milieu de la cuisine, l'arme à la main. Le costume qu'il portait coûtait 1200€, ce n'est pas pour autant qu'il était trop court, rendant la scène tout aussi risible que dramatique. Cela s'avérait regrettable de le tâcher, mais qu'importe, personne ne le remarquerait avant plusieurs jours. Il porta l'arme à même sa tempe. Le contact du métal glacé le fit frémir.
Il n'avait jamais voulu en arriver là. Il n'avait jamais imaginé qu'il deviendrait cet homme, obligé de mentir, trahir et haïr afin d'arriver à ses fins. Il voulait simplement être astronome. Il avait tout perdu, famille, amis, amour, afin de plonger dans ce qu'il détestait le plus. Il avait gâché la première moitié de sa vie et ne voyait aucune solution afin d'améliorer la deuxième. Il ne se sentait plus en corrélation avec lui même. Il se détestait, détestait son travail et son nouvel univers, l'Homme, et l'injustice.
Il ferma les yeux, et se passa la main sur son front suant. Il n'avait pas ressenti ce sentiment de soulagement depuis des années. Les derniers effets de la cocaïne qu'il avait consommée dans l'après-midi étaient encore visibles. Son pied battait en rythme contre le carrelage blanc cassé de la cuisine. Il espérait que la nouvelle vie qui l'attendait dans l'haut-delà ne serait pas tout aussi ignoble que celle qu'il vivait actuellement. Malgré tout, même s'il avait ruiné sa vie, il partait avec l'esprit sain.
Son doigt forçait de plus en plus sur la gâchette, seconde après seconde. Il n'avait jamais tiré, et ne savait pas non plus à quel niveau de pression la balle partirait. Il fallait maintenant se lancer. Sa pupille se dilata, et après une grande inspiration, il appuya d'un coup sur la gâchette. Il aurait aimé essayer de rattraper sa vie, tout reprendre à zéro, ne plus refaire les mêmes erreurs, vivre heureux, accompagné de ses proches. Avoir une femme, des enfants, des raisons de vivre, tout simplement. Il aurait pu y croire si un détail dont il avait conscience ne lui en avait pas empêché :
Il était déjà trop tard.
Et oui, j'étais parti pour raconter l'histoire d'une jolie blonde que je connais peu mais qui compte déjà beaucoup pour moi et j'ai fini par écrire l'histoire d'un jeune homme qui se suicide. C'est pas le comble ça ? Dans tous les cas, j'espère que vous apprécierez.
Bien à vous,
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1 commentaire:
et PAN
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