Flow n'était pas quelqu'un d'ordinaire. Il n'avait jamais refusé le don que le dieu en lequel il croyait malgré tout lui avait donné. Depuis qu'il était tout petit, il savait voler. Il avait d'abord imaginé des manières de se simplifier la vie, se rendant chez ses amis ou dans son école en un temps record. Il n'arrivait jamais en retard, ne loupait jamais le moindre évènement. Il usait avec aisance de son incroyable atout, et remerciait chaque jour le ciel de lui avoir offert. Au fil des années, Flow avait grandi, toute comme sa soif de découvertes. C'est ainsi qu'il entreprit, le jour de ses dix-huit ans, de voyager à travers le monde afin d'en savoir plus sur l'humanité, ainsi que sur la protectrice de tous ses frères et soeurs, la Planète-Mère. C'était le début d'un long périple qui dura une année entière.
Flow décida tout d'abord de visiter l'Europe. Il se rendi en France, en Espagne, en Allemagne, en Scandinavie. Il fit le tour de leurs patrimoines respectifs, la beauté des monuments de Paris, les chateaux de la Loire, les anciennes cités romaines, bretones, provencales, puis Barcelone, Grenade, Cuenca, Salamanque, ensuite, Berlin, la vallée du Neckar, la Bavière, la forêt noire, et enfin, les châteaux suèdois, les fjords de Norvège, et Helsinki. Mais Flow fut surpris de découvrir une toute autre vision que celle qu'il attendait. En France, la mentalité reposait sur le chacun pour soi, des hommes mourraient de faim et de froid chaque hiver, pendant que d'autres ne se souciaient que de leur petite personne; en Espagne, près de cent femmes mourraient chaque année de violence conjugale, au nom de l'Amour; en Allemagne, le fascisme refaisait son apparition, et on commençait tout juste à parler de "menace", en Scandinavie, des jeunes filles perdaient la vie en voulant ressembler à leurs idoles, anorexie oblige. Flow préféra fuir devant tant d'épouvante.
Flow entreprit alors de se rendre au Moyen-Orient. Il se rendi en Arabie Saoudite, au Pakistan, au Koweit et au Yemen. Ses yeux pétillèrent à la vue de La Mecque, des villes saintes, le toit du monde, les vallées Kalash et de la Hunza, Baltoro, Taxila, les deserts de sable et de cailloux, les Koweit Towers, Sanaa, la ville des mille et une nuits, le sentier de parfums de Tarim, les haut plateaux yéménites, et Hadramaout. Mais là encore, Flow regretta rapidement son séjour. En Arabie Saoudite, il n'avait pas été le bienvenu, n'avait plus les droits que possède un homme libre, et avait assisté avec effroi à la lapidation d'une femme, suspectée d'avoir violé les règles imposées par son homme, au Pakistan, il avait vu un président abuser de ses droits et des miliers de réfugiés fuir la misère et la faim, au Koweit, il avait vu des femmes qui n'avaient pas même le droit de montrer leurs yeux, et au Yemen, des hommes mourrir de soif alors que des citées touristiques fleurissaient. Flow, dégouté, s'envola vers d'autres cieux.
Lorsqu'il posa pied à terre, Flow était en Amérique. Il avait déjà entendu parler de certains pays, et particulièrement de la culture du football qui y règnait. Il n'hésita pas à visiter le Brésil, la Colombie, le Chili et le Mexique. Flow fut comblé par Rio de Janeiro, Salvador de Bahia, la forêt tropicale, Goias, le stade Maracana, San Agustin, Malpelo, Carthgène, Santa Marta, les îles de San Andrés, Santiago, Valparaiso, les églises de Chiloé, Mexico, la Riviera Maya, Itza, les temples Maya, Calakmul, les paysages d'agaves. Mais s'il avait pu apprécier ces lieux et cités, c'était en faisant abstraction de certaines choses. Car il avait également vu des adolescants mourir d'overdose dans les rues de Rio, des hommes mourir au travail dans d'immenses exploitations, la forêt fondre à vue d'oeil, des hommes, femmes et enfants se faire enlever, et le gouvernement fermer les yeux, aussi bien sur ces disparitions que sur la famine, des troupes rebelles tuer aveuglement au nom du Pouvoir, des gens mourir de faim et de maladies au beau milieu de la Cordillère des Andes, ou encore, policiers et militaires corrompus, fermant les yeux concernant de lucratifs trafics de drogues et d'armes. Flow ferma les yeux, respira, et migra.
Flow se rendi alors en Afrique. Tous ces pays semblaient si attractifs ! Mais il fallait choisir, et Flow le fit. Il visiterait le Soudan, le Tchad, l'Ethiopie et la Namibie. Il longea la vallée du Nil, la Nubie, la Mer Rouge, Sanganeb, l'Umbria, Moundou, la palmeraie de Faya, les ruines de Yen, les grottes de Kazer, les pics du Tibesti, le canyon d'Archel, le Danube, Gondar, la ville aux quarante-quatre églises, le temple de la Lune, Lalibela, les paysages dunaires, le massif de Brandberg, l'Orange, le désert du Namib. Flow se régala de toutes ses images et senteurs, qu'il garderait marquées à vie dans son esprit. Mais lorsqu'il ouvrit les yeux, il fut une nouvelle fois déçu. Ils étaient trois cents millions, devant ses yeux, à ne pas avoir accès à l'eau potable, puisque le terme "investissement" n'était même pas imaginable, vingt-trois millions à le supplier de trouver rapidement un vaccin contre le sida, plusieurs millions à mourir au nom de Dieu, au nom de l'Eau, ou tout simplement au nom de l'Intérêt, les femmes pleuraient suite à leur excision, les enfants suite à leurs viols, maltraitances, à cause de leur malnutrition, ou tout simplement à cause de la corruption et l'esclavage qui touchaient leur famille. Flow versa une larme, et s'envola.
Le jour de ses dix-neuf ans, Flow rentra chez lui, choqué. Il avait naïvement imaginé que l'Homme était bon, et que tout allait bien sur la planète Terre. Il n'aurait jamais imaginé que le peuple souffrait autant, qu'il subissait la vie, tel une victime. Certe, il avait bien vu les images diffusées à la télévision, chaque soir, au Journal, mais n'y avait pas spécialement apporté d'importance, en dévorant son dessert. Toutes ces images souillaient insupportablement son esprit, il n'en pouvait plus. Il s'agenouilla, regarda le soleil, puis s'envola de nouveau. Il fila à vive allure vers les cieux, sans savoir exactement ce qui l'attendait. Il traversa la couche d'ozone, evitant plusieurs dizaines de sattelites, fonctionnants ou non, ainsi que des miliers de débrits et déchets.
Il ne s'arreta jamais, et personne ne sait si Flow s'est un jour brûlé les ailes, en voulant fuir la terre des vices, celle qu'un jour, les hommes appelaient sans honte "terre de nos ancêtres".
Bien à vous,
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1 commentaire:
Pourrons nous lire un jour sur ce blog un texte plein de joie de vivre, d'optimisme et d'espoir?? J'espère vivement que oui!!
Sinon j'ai mis du temps avant de commencer à lire ce texte parce que je suis amoureuse de "Liberta" et de la plupart des chansons de Pep's, qui représentent merveilleusement bien la belle ville de Grenoble (un peu de chauvinisme et de HS ne font pas de mal!)
Bonne continuation!
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