mardi 17 février 2009

Jeunesse, ivresse continuelle

La plupart des lecteurs -s'il y en a- regretterons probablement ma naïveté, notamment lorsque je parle de ma jeunesse. Il va se soi qu'à 22 ans, la route est encore longue avant de pouvoir véritablement nourrir des regrets; il m'est néanmoins possible de rester nostalgique lorsque je repense à ce que j'ai d'ors et déjà vécu.

Mes premiers souvenirs remontent à 1990 environ. Je me souviens de mon petit lit à barreaux, à proximité de celui de mon frère. Nous ne pouvions pas dormir sans l'apport réconfortant d'une veilleuse, qui illuminait le plafond d'une lumière orangée. Chaque week-end, mes grands parents venaient à la maison, et ma grand-mère prenait un grand plaisir à nous faire faire des tours de poussette dans l'allée. J'investissais la plupart de mon temps à manger, dormir, ou dessiner des œuvres d'art sur la tapisserie du couloir, fort heureusement rénovée depuis. A la maternelle, je faisais des colliers de nouille, de la peinture, et même des structures en plâtre, toujours trop fines, toujours tordues, et toujours risibles aux yeux de mes camarades. La sieste du début d'après midi me permettait d'oublier tous mes soucis, tout comme les biberons de lait tiède que me tendait ma mère à ma rentrée.

Néanmoins, mes souvenirs les plus précis remontent à 1991 et 1992. Mon père, s'asseyait chaque soir sur mon lit, et me chantais des comptines jusqu'à ce que je m'endorme. Ma chanson préférée était "Frère Jacques", probablement parce que je trouvais amusante la relation entre les paroles et le prénom de mon père. Mon grand-père s'arrachait ses derniers cheveux en essayer de m'apprendre à écrire correctement, avec des formes de lettres datant elles-même de son grand-père, et des structures de phrases dignes de l'académie française : je lui dois beaucoup. A l'école primaire, j'étais l'un des meilleurs au football, mais pas forcément le plus populaire, bien qu'intégré. Souvent, je regardais ma maison par la fenêtre, située à deux kilomètres environ, sur une coline voisine. Je passais de nombreuses heures à lire, ou plutôt regarder -par flemmardise- des bandes dessinées de Lucky Luke et de Tintin, et maniait avec précaution les sabres, épées et fusils, souvent trop lourds pour moi, de la collection de mon grand-père. Ma soeur, âinée de quatre enfants, entrait dans sa période rebelle, et organisait chaque week-end de grosses "raves" au sous-sol. Je descendais régulièrement saluer ses amis skinned, guitares électriques à la main, qui se moquaient à la fois de mes bottes -tout le monde m'appelait "Aaaiiiiigle"- et du fait que j'étais plus petit que les enceintes. C'est aussi l'époque de ma première copine, Anaëlle -accessoirement ex puis future ex de mon frère- et je ne vous détaille pas en quoi consista ma découverte lorsqu'elle m'emmena dans les toilettes des filles.

Ce qui m'a probablement le plus marqué aux alentours de 1995, ce sont les heures investies par mon père pour m'aider à faire mes devoirs. Nous nous installions chaque soir sur le canapé -aujourd'hui dans mon salon, quelle nostalgie !- et ouvrions mes cahiers. Chaque soir, le même rituel, mon frère installé à la droite de mon père, moi à sa gauche. Nous passions des heures à apprendre nos leçons, et je revois encore mon père gémir cruellement de notre manque d'attention et de concentration. Notre esprit était ailleurs, à l'époque. Car à 9 ans, nous ne vivions que pour le sport. Abandonnée la natation, concept trop mouillé, place au football et au tennis. Je sens encore l'odeur du terrain couvert de mon village à chaque fois que j'entre sur un terrain, telle la madeleine de Proust, ou son pavé de Venise. Le week-end, ma mère mettait des albums des Beattles et des Bee Gees à plein volume -je ne peux plus m'en passer, encore aujourd'hui-, ou des albums de Era lors de la sieste. Mes sœurs, quand à elles, n'hésitaient pas à me faire écouter des cassettes des Pixies, de Téléphone ou encore de The Cure, ce qui explique ma passion pour ces groupes à l'heure actuelle. Certains soirs, j'allais ennuyer ma sœur dans ses révisions, afin de respecter le ratio d'ennuis que peut apporter un petit garçon de mon âge. Je récupérais ses feuilles, sur lesquelles étaient inscrites de nombreuses formules étranges, ainsi que des signes à l'allure bizarre : je cotoyais pour la première fois des équations, intégrales et autres graphiques d'asymptotes. Je revois encore mon maitre d'école, nous passant de la musique classique en fin de journée pour nous relaxer, ou offrir des bonbons aux élèves les plus méritants : je n'en ai jamais eu un seul, sur toute la période de l'école primaire. Mon frère venait d'obtenir sa propre chambre, à côté de la mienne, et nous communiquions dans notre langage de jumeaux des heures durant, au grand damne de mon père, obligé de se relever presque chaque soir. T.m.p.p.p.j.m.s, nous disions nous. Ça voulait dire "Bonne Nuit".

En 1999, ma seconde sœur a acheté son premier "Pentium 3", ordinateur surpuissant à l'époque, moins puissant que mon téléphone actuel. Je passais des heures à la supplier pour qu'elle me laisser y jouer quelques minutes chaque soir, la poussant souvent à nerfs. C'était l'époque de Warcraft 1, de Sim City, de Dig, de Gta 1. Quelle fut notre joie quand ma sœur se sépara de son "Pentium 2", nous permettant d'y accéder librement ! Pendant que je m'épanouissais sur ces concepts hallucinants à mes yeux, mon frère préférait se concentrer sur l'aspect technique de l'ordinateur : cela explique pourquoi il est aujourd'hui ingénieur en informatique. A cette époque, très sportif, je terminais meilleur buteur du club de football de mon village, et participais à mes premiers tournois de tennis, ainsi qu'à ses premières finales. Mon père continuait à me faire réciter mes leçons, mais plutôt sur la table cette fois-ci, ça faisait plus "grand". Au collège, à chaque pause, nous jouions à la "gouttière", un jeu consistant en l'envoi d'une balle de tennis sur une gouttière murale d'un des bâtiments. Lorsque nous n'arrivions pas à récupérer la balle rapidement, les "grands" nous la volaient, et se donnaient un malin plaisir à l'envoyer de l'autre côté de la palissade, autant dire au bout du monde. C'est également l'époque des jeux de rôle sur papier, auxquels nous jouions au lieu de déjeuner à midi : nous avions même créé notre propre activité au sein du collège. J'allais souvent chez un ami pour jouer à la playstation, en sortant des cours. Nous mangions du nutella et buvions du jus multivitaminé, afin d'engendrer les ressources nécessaires à une bonne concentration, et en attendant que ma mère vienne me chercher. Je commençais tout juste à m'intéresser à la numismatie, la collection de pièces de monnaie anciennes, qui a comblé un certain nombre de mes soirées dans les années qui ont suivi. Chaque jour se ressemblait, mais nourrissait mes désirs de pré-adolescent, et c'est ainsi que les années se sont enchainées pour qu'aujourd'hui, en 2009, je sois présent afin de vous en parler.

Il s'agit bien évidemment des grandes lignes de ma jeunesse, il serait indésirable d'entreprendre une rédaction plus complète de ces éléments, d'abord parce que cela serait trop long, mais aussi parce qu'il est fort agréable de ressusciter certains souvenirs et d'oublier les autres. La jeunesse est une ivresse continuelle qu'il est important de garder dans ses esprits, de préserver du monde extérieur, afin de lui donner ses propres couleurs.